Lectures de Mai 2014

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  • Le 01/05/2014

Ce mois de Mai sera accompagné de lectures sur la langue et l'écriture. Et d'une relecture du premier séminaire publié de Jacques Lacan, Les Ecrits techniques de Freud, (1954).


Jeudi 1er Mai

"On crée une langue pour autant qu'à tout instant on lui donne un sens, on donne un petit coup de pouce, sans quoi la langue ne serait pas vivante. Elle est vivante pour autant qu'à chaque instant on la crée. C'est en cela qu'il n'y a pas d'inconscient collectif. Il n'y a que des inconscients particuliers, pour autant que chacun, à chaque instant, donne un petit coup de pouce à la langue qu'il parle."

Lacan, Le Séminaire, livre XXIII, Le sinthome, 13 avril 1976, p. 133


Vendredi 9 Mai

A Aliette Armel qui lui demande : "C'est quoi "du Duras", Marguerite Duras répond :

"C'est laisser le mot venir quand il vient, l'attraper comme il vient, à sa place de départ, ou ailleurs, quand il passe. Et vite, vite écrire, qu'on n'oublie pas comment c'est arrivé vers soi. J'ai appelé ça "littérature d'urgence". Je continue à avancer, je ne trahis pas l'ordre naturel de la phrase. C'est peut-être ça le plus difficile, de se laisser faire. Laisser souffler le vent du livre".

Cité dans "Marguerite Duras", Le Magazine littéraire, février 2013.


Samedi 10 Mai

"Je disais, vous savez, que l'écriture courante que je cherchais depuis si longtemps, je l'ai atteinte là. Maintenant j'en suis sûre. Et que par écriture courante, je dirais une écriture presque distraite qui court, qui est plus pressée à attraper les choses qu'à dire, voyez-vous; mais je parle de la crête des mots : c'est une écriture qui courrait sur la crête pour aller vite."

Marguerite Duras, Apostrophes, 28 septembre 1984.

Duras


Dimanche 18 Mai

Dans son Séminaire, Livre 1,  qu'il consacre aux Ecrits techniques de Freud, en 1954, Lacan propose une définition de la psychanalyse qui est tout à fait intéressante, dans ce qu'elle tranche par rapport à toutes les méthodes et techniques actuelles qui relèvent du vaste champ de la psychothérapie.

Les méthodes de psychothérapie, et en première ligne les techniques comportementales, voudraient réduire le sujet à une vérité qui vaudrait pour tous sans distinction. Voilà le ressort du comportementalisme - et de son versant scientiste, le cognitivisme : il y aurait un format, un logiciel, qui vaudrait pour tous et qui nierait la singularité de chacun. A quoi bon parler de soi alors, si la réponse est connue d'avance par celui qui est en charge de vous écouter?

Au contraire de cette posture idéologique, la psychanalyse ne prétend à aucun universel. Elle est, comme le souligne Lacan dès 1953, une "science du singulier. La réalisation d'une analyse est toujours un cas singulier, même si ces cas singuliers prêtent tout de même à quelque généralité, depuis qu'il y a plus d'un analyste. Mais l'expérience analytique avec Freud représente la singularité portée à son extrême (...)."

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Freud, découvreur de l'inconscient, inventeur de la psychanalyse, fut, dans sa solitude, celui qui écouta ses patients au un par un, sans préconçu.

La psychanalyse réaffirme donc - et doit réaffirmer aujourd'hui plus qu'hier encore - qu'il y a chez chaque sujet quelque chose qui reste irréductible à la généralisation : "L'analyse est une expérience du particulier."  Ce particulier objecte à l'universel.

(séances des 20 et 27 janvier 1954)

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