Qu'est-ce que le transfert, en psychanalyse?

Lorsque Freud prononce ses « Conférences d’introduction à la psychanalyse », dans les années 1915-1917, il a déjà posé les jalons de ce qu’il appelle le narcissisme dans son article Pour introduire le narcissisme (1914). Il n’a pas encore défini la seconde topique, puisqu’il le fera dans son essai Le moi et le ça (1923) mais il en a défini les premières lignes, avec les instances du moi et de  l’idéal du moi. Enfin, ces conférences s’intercalent entre la première théorie pulsionnelle et la seconde. La première théorie pulsionnelle propose une répartition de la vie pulsionnelle en pulsions d’auto-conservation (ou pulsions du moi) et pulsions sexuelles, le conflit psychique étant un conflit entre ces deux ordres. La seconde théorie pulsionnelle, élaborée dans Au-delà du principe de plaisir (1920), ajoute à cette première théorie la partition pulsion de vie / pulsion de mort. Il faut attendre les années 1920 pour que Freud décrive sa seconde topique, qui correspond à un découpage de l’appareil psychique en instances : ça, moi, surmoi.

 

 

Les conférences d’introduction à la psychanalyse visent à enseigner à un large public, dont des non psychanalystes, les principales avancées que Freud a faites depuis ses premières découvertes de l’inconscient et sa Traumdeutung (1899-1900). Dans un langage accessible, il aborde les fondements de la théorie analytique des névroses. L’ouvrage est le recueil des 28 conférences que Freud a données durant les hivers 1915-1916 et 1916-1917, et il est divisé en trois parties. La première partie est consacrée aux actes manqués. Freud y reprend ce qu’il avait notamment publié sous le titre Psychopathologie de la vie quotidienne (1904). La seconde partie est consacrée au rêve : il y reprend les mécanismes du rêve et sa thèse centrale du rêve comme accomplissement de souhait. Enfin, la troisième partie reprend les grandes lignes de la « doctrine générale des névroses ». Freud y expose sa métapsychologie : symptôme, inconscient, refoulement, libido, angoisse. Les deux conférences que j’ai choisies terminent cette troisième partie et portent sur le transfert. Ainsi Freud choisit-il de n’aborder la pratique analytique qu’au terme d’un parcours où il a pu déplier sa conception des névroses et de l’inconscient.

 

Quelles sont les thèses que Freud développe dans ces deux conférences ?

 27ème conférence

Par quelle voie la thérapie psychanalytique agit-elle, et que s’y effectue-t-il ? C’est par ces deux questions que Freud commence la 27ème conférence. Face à la névrose, « où y a-t-il place pour une intervention thérapeutique ? »[1] Freud commence par dire ce sur quoi la psychanalyse ne peut pas agir : elle ne peut rien contre les dispositions héréditaires. Elle ne peut pas non plus réécrire l’histoire. Ce qui est passé dans l’enfance est passé, il n’y a rien à y faire. Elle ne peut pas grand-chose non plus sur les malheurs de la vie. Enfin, elle ne promet pas le bonheur par la libération sexuelle : « Il n’est pas question que le conseil de se défouler sexuellement joue quelque rôle que ce soit dans la thérapie analytique. »[2] Le symptôme névrotique tient au fait que le sujet est pris dans un conflit interne entre l’aspiration sexuelle et le refus contre cette aspiration sexuelle. En découle un refoulement, qui donne lieu à des symptômes. Conseiller au patient d’assouvir ses désirs sexuels ne ferait que provoquer la formation de nouveaux symptômes. Et comme Freud le dit un peu plus loin, ce n’est pas par la question de la continence ou de la libération sexuelle qu’il faut envisager l’efficacité du traitement de la névrose.

Les forces en présence dans le conflit ne se situent en fait pas sur le même terrain, comme l’ours blanc et la baleine : « C’est un discord entre des puissances dont l’une est parvenue au stade du préconscient et du conscient et l’autre a été retenue au stade de l’inconscient. »[3] Satisfaire l’une ou l’autre ne supprimera pas le conflit qui les oppose.

La visée de l’analyse est de permettre que ces deux puissances se retrouvent sur un même terrain : « Une décision effective ne peut être prise que quand les deux se rencontrent sur le même terrain. Je pense que rendre cela possible, telle est la seule tâche de la thérapie. »[4]

Ainsi l’analyste n’a-t-il pas à prôner auprès de son patient une libération de sa sexualité. Plus généralement, donner des conseils au patient va à l’encontre de l’analyse. L’analyste n’est pas un mentor, il vise plutôt à soutenir les décisions propres du sujet. Cependant, Freud s’empresse de préciser que l’analyse ne vise pas non plus à la répression sexuelle. Il a, depuis les débuts, pu constater les effets néfastes de la morale sexuelle sur le sujet : « nous avons trouvé qu’il était impossible de prendre parti pour la morale sexuelle conventionnelle. (…) Nous pouvons mettre carrément au débit de la société que ce qu’elle appelle sa moralité coûte plus de sacrifices que cela ne le mérite. »[5] C’est au patient de se faire, au terme  de sa cure, sa propre appréciation, et de choisir la voie qui lui siéra, entre défoulement sexuel et ascèse, « nous n’accueillons aucune de ces issues avec un poids sur la conscience. » La psychanalyse n’est pas une affaire de morale, elle n’a pas à donner au sujet une quelconque direction ni autorisation. En revanche, elle soutient le choix éclairé et critique du sujet. Elle vise à la vérité, celle du sujet.

En quoi réside donc l’efficacité du traitement analytique ? Freud donne la réponse : par le remplacement de l’inconscient en conscient, autrement dit par la traduction de l’inconscient en conscient. Mettre l’ours blanc et la baleine sur le même terrain, pour reprendre la métaphore. Etablir une « continuité de l’inconscient au conscient. »[6] Cela permet de lever les refoulements et de supprimer tout ce qui concourt à former des symptômes. En dehors de ça, l’analyse n’a rien à faire.

Ainsi, « rendre l’inconscient conscient, lever les refoulements, combler les lacunes produites par l’amnésie », voilà ce que vise la cure. Faire que le patient ait « en lui-même un peu moins d’inconscient et un peu plus de conscient qu’avant ». Cela n’a l’air de rien, et pourtant, cela fait tout le changement. Au terme de ce difficile travail analytique, le patient est devenu un autre homme, et pourtant, il est resté le même, c’est-à-dire qu’il est devenu celui qu’il aurait dû être si les conditions de sa vie avaient été plus favorables.

Reste la question : comment faire pour remplacer l’inconscient par le conscient ? Il ne suffit pas de transmettre au patient ce que nous découvrons de son inconscient, car ce savoir viendrait se juxtaposer à son inconscient : cela ne le remplacerait pas, mais viendrait se placer à côté de l’inconscient du patient. Il s’agit plutôt de lever les refoulements. Freud indique les deux temps du travail : premièrement, repérer le refoulement, deuxièmement, éliminer la résistance.

Freud, à cette fin, s’appuie sur le moi du patient comme s’il s’agissait d’un collaborateur : il pense qu’il faut communiquer au patient les résistances qui sont les siennes. Ce qui concourt à la réussite du traitement, c’est le désir du patient de guérir, et son intelligence.

Tout cela vaut pour les névroses (hystérie, névrose obsessionnelle et hystérie d’angoisse), parce que dans ce cas, le conflit se joue entre le moi et la libido. Tandis que dans les névroses narcissiques (par ce terme Freud désigne les psychoses : paranoïa, démence précoce et mélancolie) la thérapie analytique n’est d’aucune efficacité : ces malades «restent dans l’ensemble inentamés et cuirassés contre la thérapie analytique. »[7] Ce n’est pas qu’ils manquent d’intelligence, mais quelque chose chez eux paraît inaccessible.

Avec les névrosés, quelque chose, à un moment du traitement, surgit : « ces malades se comportent à notre égard d’une façon toute particulière. »[8] Quelque chose que Freud n’avait pas prévu, quelque chose de « multiforme ». En effet, le patient, qui est censé se concentrer sur la liquidation des symptômes, se met à éprouver un vif intérêt pour la personne du médecin. Tout ce qui a rapport au médecin l’intéresse au plus haut point. Chez lui, auprès de ses proches, le patient ne parle plus que de son médecin, et dans les termes les plus élogieux.

Freud note qu’à ce moment-là la cure fait des progrès considérables. Le patient est réceptif à tout ce que son analyste lui dit ; le matériel en séance est des plus riches. « A la bonne entente pendant le travail analytique correspond aussi une amélioration objective, reconnue de toutes parts, de l’état de la maladie. » Mais Freud ne se laisse pas berner par une telle lune de miel : « Mais un si beau temps ne peut pas toujours durer. Un jour il se gâte. »[9]

Le patient cesse à un moment de montrer de l’intérêt pour le travail analytique. Les difficultés surgissent. C’est un moment particulièrement délicat. L’intérêt que le patient jadis témoignait fait place à une forte résistance. Que s’est-il passé ?

Ce qui s’est passé, c’est que le patient a transféré sur le médecin des sentiments tendres, d’amour, sans d’ailleurs que le médecin y soit pour grand-chose. Ces sentiments tendres, Freud note qu’on ne manque jamais de les rencontrer dans le travail analytique. C’est comme si – ici Freud parle des patientes femmes – la patiente avait toujours su qu’elle ne pourrait guérir que par l’amour et qu’elle n’attendait que la cure pour mettre en œuvre cette idée. Tout cela ne manque pas de dérouter l’analyste qui ne s’y attendait pas et qui l’accueille avec réticence, comme s’il s’agissait de quelque chose d’irrationnel. Ce phénomène est pourtant intrinsèquement lié à la névrose. Freud le nomme « transfert ». Il fait la supposition que ce transfert de sentiments amoureux était en potentialité chez le névrosé et n’attendait que la cure pour venir se manifester.

Le transfert varie en intensité et dans les formes qu’il peut revêtir. Mais il est toujours là.

Qu’en est-il du transfert chez les patients masculins ?

Selon Freud, cela n’est guère différent de ce qu’on observe chez les femmes : on constate le même attachement, la même survalorisation de la personne de l’analyste, à la différence près que chez les hommes la pulsion sexuelle dirigée sur le médecin est davantage sublimée. On trouve aussi chez les hommes, plus souvent que chez les femmes, une forme de transfert négatif, hostile.     

Le transfert se manifeste dès le début du traitement et constitue pour un temps le ressort le plus puissant du travail. Mais il peut par la suite se muer en résistance. Tel est le cas lorsque les sentiments amoureux deviennent trop forts ou bien quand des sentiments hostiles surviennent. Ces sentiments négatifs, en général, apparaissent dans un second temps, plus tardivement, et ne chassent pas totalement les sentiments positifs.

Comment surmonter le transfert ? Il s’agit de faire entendre au patient que les sentiments qu’il éprouve pour l’analyste ne sont en fait qu’une répétition. Ces sentiments s’adressent à quelqu’un d’autre au-delà du médecin. Ils prennent leur source dans l’histoire passée du patient. En pointant cela, le médecin permet au patient de transformer la répétition en souvenir. Cela permet de faire du transfert un puissant ressort de la cure et d’en faire le moyen d’ouvrir chez son patient des pans entiers de la vie psychique.

Par le biais du transfert, toute la névrose du patient va venir se concentrer dans la relation au médecin. On assiste à une « névrose recréée et remaniée, qui a remplacé la première. »[10] c’est-à-dire qui s’est substituée à la névrose initiale du patient qui l’avait amené à consulter l’analyste. Toute la névrose est désormais organisée autour du rapport de l’analyste : « Tous les symptômes du malade ont abandonné leur signification originaire et se sont réorganisés autour d’un nouveau sens qui consiste en une relation au transfert. »[11] De sorte que la guérison advient lorsqu’on est venu à bout de cette « névrose artificielle ».  Guérir c’est venir à bout du transfert. La liquidation du transfert produit un effet de guérison durable : « L’être humain qui, dans son rapport au médecin, est devenu normal et s’est dégagé de l’effet de motions pulsionnelles refoulées, reste de même dans sa vie propre, lorsque le médecin s’est à nouveau mis hors circuit. »[12]

Le phénomène du transfert permet aussi d’avoir une meilleure connaissance de la névrose : chez le névrosé, les motions refoulées sont toutes de nature libidinale. Nous en avons la preuve par le transfert, qui les réactive : « Quiconque a pris par le travail analytique l’entière mesure du fait du transfert ne peut plus douter du type des motions réprimées qui trouvent à s’exprimer dans les symptômes de ces névroses, et ne réclame aucune preuve plus puissante de leur nature libidinale. Nous pouvons dire que notre conviction quant au fait que les symptômes ont la signification de satisfactions libidinales de substitution n’a été définitivement assise que du jour où nous avons pris en compte le transfert. »[13]

Le transfert permet de triompher des résistances et des refoulements. Le transfert positif met l’analyste dans une place d’autorité. Le patient accorde son crédit à tout ce qu’il dit. Sans un tel transfert, le patient ne prêterait pas attention aux interprétations données par l’analyste. Freud note qu’il faut un transfert positif pour qu’une personne reconnaisse comme justes les arguments d’une autre – cela ne vaut d’ailleurs pas que pour le travail analytique. Ce n’est pas une question d’intelligence mais d’amour : « L’être humain n’est donc en général accessible, également du côté intellectuel, que dans la mesure où il est capable d’investissement libidinal d’objet, et nous avons de bonnes raisons de reconnaître et de craindre dans l’extension de son narcissisme une borne à son aptitude à se laisser influencer, et quand ce serait par la meilleure technique analytique. »[14]

Cette aptitude au transfert – autrement dit : à l’investissement libidinal d’un objet -, est une propriété de la vie psychique normale. Le transfert du névrosé dans la cure n’est qu’une amplification de cela. Seule l’intensité change. Bernheim, qui s’était intéressé à l’hypnose, l’avait d’ailleurs postulé : l’être humain est un être fondamentalement suggestible. Cette suggestibilité est une autre façon de nommer l’aptitude au transfert.

L’hypnose se fonde sur la suggestibilité, dont elle tire son efficacité. Freud rappelle que lui aussi, dans les premiers temps de sa pratique médicale, avait recours à l’hypnose. Puis il en est venu à l’abandonner et à inventer la thérapie analytique. Néanmoins, il subsiste dans la cure une part de suggestion, qui réapparaît sous les espèces du transfert.

Freud, devançant les objections de son auditoire, s’interroge : mais alors, si la cure présente une part de suggestion, pourquoi s’engager dans un travail aussi long et pénible quand l’hypnose propose une suggestion beaucoup plus directe et plus rapide ? Freud laisse cette question en suspens. Il y répondra dans la conférence suivante.

Avant cela, et pour clore la présente conférence, il revient sur un point abordé précédemment : pourquoi la cure est-elle sans effet sur les névroses narcissiques ? Les sujets qui présentent une névrose narcissique n’ont pas d’aptitude au transfert. Par suite, ils ne sont pas sensibles au travail de la cure dont on a vu que le ressort principal est justement le transfert. Chez ces patients, la libido d’objet s’est transposée en libido du moi. Leur libido ne parvient pas à investir un objet du monde extérieur. Elle est repliée sur le moi. Ils ne peuvent donc pas investir la personne du médecin : « Ils ne manifestent pas de transfert et c’est pourquoi ils ne sont pas non plus accessibles à nos efforts, ils ne sont pas par nous guérissables. »[15]

28ème conférence

Freud a abordé à la fin de la 27ème conférence la question de la suggestion, qui subsiste dans le travail analytique par le biais du transfert. Pourquoi ne pas recourir à l’hypnose, qui offre la possibilité d’une suggestion directe ? Pourquoi s’engager dans le travail long et pénible de l’analyse ?

La suggestion directe est suggestion dirigée contre le symptôme : c’est une lutte, qui ne soucie pas de connaître les motifs du symptôme. Freud reconnaît que ses premiers intérêts s’étaient portés sur l’hypnose et sur les recherches de l’Ecole de Nancy. L’hypnose est un « travail de manœuvre, ce n’est pas une activité scientifique. »[16] Sa seule visée est la suppression pure et simple du symptôme. Freud y a renoncé car elle ne nous apprend rien des motifs du symptôme. D’autre part, les résultats auxquels elle parvient ne sont pas durables. Et quand ils le sont, on ne peut pas savoir ce qui a opéré, on ne peut pas connaître les raisons du succès. En somme, l’abandon de la suggestion directe n’entraîne aucun dommage pour le travail analytique.

En outre, l’hypnose s’accorde avec une conception médicale classique de la névrose, conception qui réduit celle-ci à ses symptômes et qui ne n’intéresse pas à leurs causes. « Cette thérapie s’accorde de la manière la plus harmonieuse avec une évaluation des névroses à laquelle se rallie encore la majorité des médecins.  Le médecin dit au malade nerveux : Tout va bien, n’est-ce pas, c’est simplement nerveux, aussi, je peux faire envoler vos tracas par quelques paroles, en quelques minutes. Or, notre conception énergétique s’oppose à cette idée qu’on pourrait, par une infime dépense de force, déplacer un grand poids en s’y attaquant directement, sans l’aide étrangère de dispositifs appropriés. Pour autant que les situations sont comparables, l’expérience nous enseigne du reste que cette prouesse ne réussit pas dans le cas des névroses. Toutefois, je sais que cet argument n’est pas inattaquable ; il y a aussi des « astuces » ».[17]  

L’hypnose, toute entière tournée vers la suppression du symptôme, ne veut rien savoir du conflit psychique sous-jacent. Elle cherche même plutôt à le cacher. Elle le masque. Freud compare cette technique à de la cosmétique, là où la cure est une chirurgie. L’hypnose interdit le symptôme et renforce le refoulement. Elle laisse intactes les processus qui ont conduit à la maladie. « La thérapie analytique s’attaque au mal en un point qui est plus proche de la racine, du côté des conflits dont procèdent les symptômes, et se sert de la suggestion pour modifier l’issue de ces conflits. »[18] 

Certes, le travail analytique est plus long et plus pénible, mais il permet une modification durable de la vie psychique. Le travail se situe du côté du patient ; le médecin, par la suggestion, permet que ce travail se fasse. Mais que faire de cette part de suggestion ?

Le principe de la cure est de travailler sur le transfert. La part de suggestion est ainsi contrôlée, canalisée. Il s’agit de manœuvrer le transfert : « nous l’avons en main ; ce n’est pas le patient qui se suggère tout seul, comme bon lui semble, mais c’est nous qui guidons sa suggestion, pour autant qu’il est tout simplement accessible à son influence. »[19]  On peut dès lors, dit Freud, objecter à la psychanalyse que cette dimension d’influence lui ôte tout caractère d’objectivité scientifique. Il faut néanmoins, dit-il aussi, relativiser la part d’influence. Par exemple, les interprétations que fait le médecin n’auront d’efficacité véritable que si elles tombent justes, si elles s’accordent avec la réalité du patient. « Ce qui, dans les conjectures du médecin, n’était pas pertinent, cela est éliminé au cours de l’analyse ; il faut le retirer et le remplacer par quelque chose de plus juste. »[20]

Le traitement analytique vise à traiter et à analyser le transfert, comme on traite et analyse n’importe quel matériau apporté en séance par le patient : « Dans tout autre traitement suggestif, le transfert est soigneusement ménagé, laissé intact ; dans le traitement analytique, il est lui-même objet du traitement et est décomposé lors de chacune de ses formes d’apparition. Au terme d’une cure analytique, il faut que le transfert lui-même soit déblayé, et si alors, le succès survient ou se maintient, il ne repose pas sur la suggestion, mais sur l’opération qui a pu être effectuée grâce à elle : le dépassement de résistances internes, sur la transformation interne obtenue chez le malade. »[21]

Comment se produit la guérison ?

Freud convoque le concept de libido. « Le névrosé est inapte à la jouissance et à l’action »[22], car sa libido ne se dirige pas sur un objet réel et qu’il consacre son énergie au refoulement. C’est précisément ce qui fait la frontière entre la névrose et la santé. La personne en bonne santé est celle qui a su garder « une aptitude suffisante à jouir et à agir. »[23] Le moi  du névrosé ne dispose en effet pas d’une libido suffisante aux investissements objectaux. Le but du travail analytique est alors de défaire les attaches qui entravent la libido, pour remettre celle-ci à la disposition du moi.

Chez le névrosé, la libido est employée dans le symptôme qui constitue une satisfaction substitutive. Il s’agit donc de résoudre les symptômes. A cette fin, il faut remonter à leur genèse, au conflit qui leur a donné naissance. C’est sur ce point que le transfert joue le rôle central. Il permet de dénouer les conflits anciens : « On effectue la part décisive du travail en suscitant, dans le rapport au médecin, dans le « transfert », des rééditions des conflits anciens dans lesquels le malade voudrait se conduire comme il s’est conduit autrefois, tandis qu’en déployant toutes les forces psychiques disponibles, on le contraint à une autre décision. Le transfert devient donc le champ de bataille sur lequel doivent se rencontrer toutes les forces qui luttent les unes avec les autres. »[24]

Toute la libido se trouve ainsi convoquée dans la relation au médecin : on crée une névrose de transfert qui vient se substituer à la névrose du patient. Cette libido se dirige désormais sur la personne du médecin pris comme objet fantasmatique. Le rapport avec le médecin devient le terrain du nouveau conflit, réactualisant l’ancien conflit. Traité sur le terrain même de la cure, ce conflit peut être déjoué. Et on évite que ne se produise un nouveau refoulement. La libido se détache de la personne du médecin qu’elle avait dans le transfert pris comme objet d’amour. La libido est réintégrée au moi : « On met un terme à l’aliénation entre moi et libido, l’unité psychique de la personne est rétablie. »[25]  

Le travail analytique se fait donc en deux phases :

1. toute la libido est retirée des symptômes et concentrée dans le transfert

2. on dénoue le conflit avec ce nouvel objet qu’est l’analyste – on dégage ainsi la libido.

L’interprétation joue un rôle important : elle permet de transposer l’inconscient en conscient. Le moi s’agrandit aux dépens de l’inconscient. Freud précise qu’il y a dans le traitement analytique une part d’enseignement, d’éducation : le moi, au terme de ce travail, ne prend plus la fuite face à la libido. Il accepte maintenant de lui accorder satisfaction.

Il faut noter que la nature du transfert ne permet pas a priori de déduire de quel type d’attachement inconscient le patient souffrait. Par exemple, que le transfert soit paternel ne signe pas que le conflit psychique du patient se situait sur le terrain du père. D’ailleurs, la forme que prend le transfert importe peu. C’est plutôt le rêve qui nous met sur la voie des désirs inconscients et des attachements libidinaux du patient.

Puisque le travail analytique repose presque entièrement sur la possibilité du transfert, un tel travail trouve sa limite devant la rigidité du narcissisme. Il faut que le transfert objectal puisse se faire. C’est ce qui explique les échecs de la cure avec les patients psychotiques. Aux débuts de la psychanalyse, on avait tenté de recevoir de tels patients. Mais la méthode est restée avec eux sans effet.

Ce qui conduit Freud à une préconisation : « Le traitement psychanalytique est assimilable à une intervention chirurgicale et demande, comme celle-ci, à être entrepris dans les dispositions les plus favorables au succès. »[26]  Il s’agit à la fois de repérer si la maladie du patient relève du traitement analytique, et ensuite, protéger le travail de toute interférence venant de l’entourage familial du patient.    

Je voudrais discuter deux points techniques avancés par Freud dans ces deux conférences :

- la psychanalyse, à la différence de la psychothérapie, se fonde sur le transfert et n’a pas recours à la suggestion

- la psychanalyse ne peut rien pour les psychoses

 

1.      Psychanalyse versus psychothérapie : l’enjeu du transfert

Pour Freud, la prise en compte et l’analyse du transfert, et l’abandon de la suggestion, est ce qui fonde (entre autres) la différence entre psychanalyse et psychothérapie. Ne connaissant pour ma part que la psychanalyse, et connaissant peu les diverses techniques psychothérapiques, je me suis intéressé à cette question du transfert, et plus généralement de la technique, spécifiquement dans les TCC, les techniques cognitives et comportementales, qui ont depuis quelques années les faveurs d’une part de la population et des pouvoirs publics.

Je me suis donc rendu sur le site de l’une des associations les plus importantes de praticiens TCC en France[27]. Là, je trouve une brève explication de la méthode :

- fondée sur une démarche expérimentale et scientifique, ses résultats sont soumis à évaluation selon des critères scientifiques ; le modèle est double : théorie de l’apprentissage et du conditionnement / modèle traitement de l’information. La stratégie est du type « résolution de problème »

- les procédures de traitement sont décrites objectivement et donc reproductibles à l’identique, d’un patient à l’autre et d’un thérapeute à l’autre (on dit TCCiste d’ailleurs).

- On s’intéresse aux causes actuelles du « comportement problème » et la visée de la méthode est de changer un tel comportement. Son spectre d’intervention est large, allant des trouves types TOC, stress, anxiété, phobies à la schizophrénie, en passant par l’adoption de comportements visant à préserver la santé (sevrage tabagique, « amélioration de l’observance médicamenteuse », gestion du stress etc.) L’éventail des interventions est large.

- Les TCC s’appuient sur la collaboration du patient : le patient et le thérapeute cherchent à évaluer et comprendre le fonctionnement pathologique du patient. Une fois cette analyse faite, le temps est à l’action ! Il s’agira de faire des exercices, comportementaux, cognitifs, émotionnels, corporels. Le but est d’apprendre de nouveaux comportements.

Une bibliographie est donnée. Les titres des ouvrages vont majoritairement dans le sens d’une maîtrise, d’un contrôle : « Vivre sans stress » ; « Gestion du stress » ; « Comment contrôler l’inquiétude » ; « Dominez votre anxiété » ; « Se libérer de l’anxiété dans médicaments » ; « Comment vaincre la peur de l’eau » ; « vaincre la dépression » etc.

Tous ces titres sont formulés dans le sens de l’impératif, le commandement à la bonne santé. Il faut éradiquer le mal de façon active. Le recours permanent à l’infinitif des verbes l’indique. L’approche des symptômes se formule dans des termes rationnels : comprendre, évaluer, contrôler, vaincre, résoudre, trouver, chercher… Le patient est un collaborateur : fini la dissymétrie patient-médecin. Tous deux s’en vont en guerre contre le mal-être. Quid du désir inconscient du patient. Quid de la jouissance attachée au symptôme, et à laquelle le sujet tient tant ?

Quid du transfert ? Pas un mot. Pour résumer ces méthodes qui promettent une vie sans heurts, je reprendrai juste le titre d’un ouvrage conseillé sur le site : « La force avec soi – Pour une psychologie positive. »

La notion de transfert n’existe pas en TCC, car elle a été recouverte par des termes comme « relation », « collaboration ». Ces méthodes ne faisant pas l’hypothèse de l’inconscient, elles n’ont pas à prendre en compte le transfert. Elles parlent plutôt d’alliance thérapeutique. Le patient est censé vouloir guérir, on fixe les objectifs avec lui, on lui demande de collaborer et de faire ses exercices, il n’y a pas lieu d’ajouter à ce programme la notion de transfert. Cela ne ferait que compliquer l’affaire, voire l’empêcher. Le thérapeute vise à installer avec son patient un dialogue socratique. Il renforce et encourage et il a recours au recadrage s’il le faut.

Il me semble que Freud avait vu juste. Ces méthodes comportementales ont pour ressort essentiel la suggestion. Elles mettent en avant leurs fondements scientifiques. Mais cela ne suffit pas pour évacuer la dimension de la suggestion, au contraire. Sous couvert de science et de rationalité, le thérapeute demande à son patient de faire les exercices chez lui, entre deux séances. Voilà bien posée l’autorité du thérapeute. Son surmoi et son commandement agissent jusqu’au domicile du patient, au travers des exercices comportementaux et des devoirs à faire à la maison. Il me semble que l’omission volontaire du terme de « transfert » dans le protocole des TCC est l’aveu même que la suggestion en est le ressort essentiel. Je pense même que l’entrée des patients dans ce genre de thérapies se fonde sur une croyance dans le savoir et au discours de la science. Comment, sinon, expliquer un tel engouement pour les TCC ?

D’ailleurs, Jean Cottraux l’indique : la science est l’idéal prôné par ces techniques : le patient et son thérapeute sont « deux scientifiques travaillant en commun sur un problème à résoudre. »[28] Deux scientifiques collaborateurs qui n’ont que faire de s’encombrer du transfert et de l’inconscient. C’est une « pratique du rejet de l’inconscient », comme l’avait titré H. Deltombe[29]. Il s’agit de ne surtout pas considérer l’inconscient et la pulsion, et de s’aveugler sur la demande de guérison du patient, que le thérapeute TCC prend au pied de la lettre. C’est une façon d’évacuer l’équivoque propre au langage, de faire fi de la jouissance attachée au symptôme, et de nier le désir au-delà de la demande.

Pour revenir au texte de Freud, j’ai été étonné de lire sous sa plume les termes de « collaborateur »[30] et d’ « éducation »[31]. Il considère le Moi du patient comme collaborateur de l’analyste. Il évoque cette idée au moment où il expose la façon de lutter contre les résistances. La résistance est le produit conscient du Moi. L’analyste doit la déceler et la communiquer au patient. Je pense que Freud convoque ici la partie du conscient, la part raisonnable et rationnelle du sujet, afin d’en faire un allié au traitement analytique. Il me semble que la résistance n’est pas toute consciente : elle est aussi insue du sujet, et l’expliquer et la présenter telle quelle risque de la renforcer et de la rendre encore plus opaque. Cette idée d’analyser les résistances et les mécanismes de défense a été poussée à son extrême par les analystes post-freudiens. Il me semble qu’avec cette analyse des défenses du sujet, on court le risque de provoquer chez le  patient une fermeture de l’inconscient.

Ensuite, le terme d’éducation : Freud l’utilise également lorsqu’il évoque le travail de lutte contre la résistance. Le patient apprend à s’opposer aux résistances, et c’est grâce à ce travail de pédagogie que la cure peut parvenir à des résultats durables. Dans l’Homme aux loups, qu’il publie en 1918, Freud a recours au terme de « pédagogie ». Certes ces termes d’éducation et de pédagogie peuvent nous sembler très éloignés de la façon dont une cure est dirigée aujourd’hui. Je pense qu’il faut y voir le style propre à Freud : découvreur de l’inconscient, inventeur de la psychanalyse, il a toujours eu cette démarche de démontrer, de prouver, y compris à ses propres analysants. Quand on lit les récits de cures qu’il a menées, on le voit expliquer au patient : il se montre didactique et pédagogue. Je prendrai juste l’exemple du Petit Hans : il le reçoit une unique fois, et il lui explique l’Œdipe. A tel point que le Petit Hans demande malicieusement à son père si Freud est le Bon Dieu, pour savoir tout cela. Dans L’Interprétation des rêves, on voit aussi l’effort que fait Freud pour expliquer et démontrer à ses patients les contenus latents de leurs rêves.

Ainsi, les termes d’éducation, de pédagogie et de collaboration ne sont à mon sens pas à prendre au pied de la lettre : certes c’est dans des termes similaires que les TCC formulent leur méthode, mais ils n’ont pas le même poids chez Freud qui à l’époque aspire à prouver et expliquer les principes de la science qu’il est en train d’édifier.

2.      La psychanalyse ne peut rien pour les psychoses : transfert impossible ?

Dès 1904, Freud évacue les psychoses du champ de la psychanalyse : « les psychoses (…) ne ressortent pas de la psychanalyse, du moins telle qu’on la pratique jusqu’ici. Il ne serait pas du tout impossible que ces contre-indications cessassent d’exister si l’on modifiait la méthode de façon adéquate et qu’ainsi puisse être constituée une psychothérapie des psychoses. »[32]

Ainsi il faudrait, devant la psychose, modifier la technique analytique, ce qui en ferait une « psychothérapie des psychoses ». Freud le redit dans les deux conférences en 1917. Les névroses narcissiques ne relèvent pas de l’analyse, car la libido narcissique a pris le pas sur la libido d’objet, interdisant l’établissement du transfert.

Dans son Abrégé de psychanalyse, 20 ans plus tard, il le redit : « Nous constatons qu’il faut renoncer à essayer sur les psychosés notre méthode thérapeutique. Peut-être ce renoncement sera-t-il définitif, peut-être aussi n’est-il que provisoire et ne durera-t-il que jusqu’au moment où nous aurons découvert, pour ce genre de malades, une méthode plus satisfaisante. »[33]

Je ne partage pas cette idée de Freud. C’est Lacan qui a ouvert la voie au travail avec les sujets psychotiques. C’est dans son séminaire sur les psychoses et dans son écrit « Question préliminaire à tout traitement possible de la psychose » qu’il avance les lignes principales d’un traitement analytique de la psychose. Lacan met en garde : on ne reçoit pas un sujet psychotique comme on reçoit un sujet névrosé. Il faut aménager la cure. Car il y a risque de déclenchement psychotique : certes, « ne devient pas fou qui veut », mais « Il n’en reste pas moins que c’est à une certaine façon de manier la relation analytique qui consiste à authentifier l’imaginaire, à substituer à la reconnaissance sur le plan symbolique la reconnaissance sur le plan imaginaire, qu’il faut attribuer les cas bien connus de déclenchement assez rapide de délire plus ou moins persistant, et quelquefois définitif. »[34] Le risque de déclencher une psychose clinique est réel : « Il arrive que nous prenions des pré-psychotiques en analyse, et nous savons ce que cela donne – cela donne des psychotiques. »[35]

Lacan invite donc à la prudence : pas d’interprétation, pas de jeu sur l’équivoque du langage. Donner la parole au sujet psychotique n’est pas sans conséquence, lui adresser la parole non plus. Lacan précise qu’il faut manœuvrer le transfert et se faire le « secrétaire de l’aliéné » : « Non seulement nous nous ferons ces secrétaires, mais nous prendrons ce qu’il nous raconte au pied de la lettre (…)»[36]

Tout est donc dans le maniement du transfert. Car il existe bel et bien chez le sujet psychotique en cure. Mais il ne se fait pas selon les coordonnées de la névrose.

Dans son séminaire VIII sur le transfert, Lacan reprend la notion d’amour de transfert, à partir d’une lecture du Banquet de Platon. Lacan y rappelle qu’ « Au commencement de l’expérience analytique, rappelons-le, fût l’amour. »[37]  Il y rappelle aussi que la relation d’amour est tout entière articulée autour d’un manque. Il faut manquer pour aimer : « l’amour ne peut être articulé qu’autour de ce manque, du fait que ce qu’il désire, il ne peut en avoir que manque. »[38]  Il y a parole dans l’analyse parce qu’il y a transfert.  Le transfert vient en position de soutien de la parole. On en déduit qu’il n’y a pas de processus analytique si le transfert y fait défaut. Alcibiade aime Socrate ; Socrate renvoie Alcibiade à son véritable désir, qui se situe en Agathon. L’analyste, à qui dans la cure l’amour de transfert est adressé, renvoie l’analysant à l’objet de son désir, situé ailleurs. Mais il faut en passer par ce transfert amoureux pour que le procès ait lieu : l’analysant situe son agalma dans l’analyste. Agalma étant « l’objet fondamental dont il s’agit dans l’analyse du sujet, comme lié, conditionné par ce rapport de vacillation du sujet que nous caractérisons comme constituant le fantasme fondamental, comme instaurant le lieu où le sujet peut se fixer comme désir ». C’est un effet du transfert.

Dans le séminaire X, Lacan définit l’objet a comme cause du désir. L’objet a prend son statut réel. Il est ce sur quoi se fonde le transfert : « cet objet a est à situer comme tel dans le champ de l’Autre. Et non seulement il est à y être situé, mais il y est situé par chacun et par tous, et c’est cela qu’on appelle la possibilité du transfert. »[39]  Pour le névrosé, l’objet est inscrit au champ de l’Autre. C’est parce qu’il est dans l’Autre que l’analysant névrosé va instaurer un transfert dans la cure, dans le mouvement d’aller chercher chez cet Autre qu’est l’analyste l’objet qui lui manque.

Dans le séminaire XI, Lacan situe le transfert dans un nouage avec la pulsion, là où Freud le mettait en lien avec la notion de répétition, de « réédition ». Le transfert y est défini comme la mise en acte de la réalité de l’inconscient, en tant qu’elle est sexualité. C’est par l’amour de transfert  qu’elle se manifeste. Lacan fait un pas de plus : il situe le transfert comme étant ce qui institue une supposition de savoir : « Dès qu’il y a quelque part sujet supposé savoir – que je vous ai abrégé aujourd’hui au haut du tableau par S. s. S : il y a transfert. »[40]  Cette supposition par laquelle l’analysant suppose un savoir chez l’analyste est ce qui fonde le transfert. Cela ne va pas de soi : « L’analyste, vous ai-je dit, tient cette place pour autant qu’il est l’objet du transfert. L’expérience nous prouve que le sujet, quand il entre dans l’analyse est loin de lui donner cette place. »[41] 

L’objet a, cause du désir, objet manquant au sujet car fondamentalement perdu, est au cœur du transfert : « L’analysé dit en somme à son partenaire, à l’analyste Je t’aime, mais, parce qu’inexplicablement j’aime en toi quelque chose plus que toi qui est cet objet a, je te mutile.»[42]  Le transfert, c’est de l’amour qui s’adresse au savoir, car l’analysant suppose à l’analyste de détenir un savoir sur ce qui fait la cause de son désir.

Par conséquent, il n’y a pas d’analyse possible sans cette possibilité d’instaurer une supposition d’un savoir chez l’Autre, ni de situer l’objet cause chez l’Autre, l’analyste. Lacan, toujours dans le séminaire XI, donne deux indications importantes : la première est que le transfert emporte une dimension pratique dans la cure : il est la boussole selon laquelle diriger le traitement. « Ce concept est déterminé par la fonction qu’il a dans une praxis. Ce concept dirige la façon de traiter les patients. Inversement, la façon de les traiter

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