Un sujet vient consulter à partir d'une plainte liée à un symptôme

C'est à partir d'une souffrance qu'un enfant ou un adolescent vient consulter : une inhibition, une difficulté à apprendre à l'école ou à vivre avec les autres, des difficultés liées au corps et à son image, une difficulté à prendre la parole... Les raisons sont multiples, mais à chaque fois, il s'agit d'un empêchement, d'un embarras ou d'une gène dans l'existence. 

 

Chez les adultes aussi, symptômes, inhibitions ou angoisses viennent tourmenter le cours de l'existence et entraver le fil du désir. Là encore, les symptômes qui amènent un adulte à consulter l'analyste sont divers et variés, chaque fois singuliers : ils peuvent toucher à la vie professionnelle, intellectuelle, à la vie amoureuse, familiale.   


Le symptôme est ce qu'un sujet a de plus singulier

Le travail auprès des patients s'inscrit dans le champ ouvert par Freud et dans l'orientation lacanienne. 

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Le discours psychanalytique permet au sujet de loger ce qui fait sa singularité. Ainsi, pas de réponse qui serait valable pour tous, mais au contraire la prise en compte, au un par un, du plus singulier de chaque sujet, à partir du réel de son symptôme.


Pouquoi un sujet vient-il consulter le psychanalyste?

Parce que la souffrance nouée au symptôme devient insupportable et qu'au-delà de la plainte, le sujet veut savoir la cause de son tourment. Ce tourment, que l'on nomme symptôme, peut prendre les formes plus diverses. Car chacun présente un symptôme, qui ne peut être réduit à une catégorie. 

 

C'est à partir d'un "vouloir savoir" que quelqu'un s'adresse à un psychanalyste, supposé en savoir un bout, savoir issu de sa propre expérience analytique.


Une clinique sous transfert 

Pourquoi n'y a-t-il pas d'auto-analyse? Pourquoi n'est-il pas possible de se soulager d'un symptôme sans le secours d'une parole adressée à un Autre? Freud le premier a découvert le transfert, lors des cures qu'il a conduites avec ses premiers patients. Il a ainsi pu théoriser ce qu'il a nommé en allemand Übertragung - le transfert.

 

Un sujet s'adresse à un Autre au-delà de la personne réelle de l'analyste. Cet Autre, lieu des signifiants, est supposé savoir la cause du symptôme du patient. Ainsi la parole de l'analysant, en cure, est-elle adressée à cet Autre censé répondre. Cette suposition de savoir, telle que Lacan en a donné la définition, est ce qui fonde le transfert. Le transfert, c'est le ressort de la cure, ce qui fait son efficace. Le transfert, c'est de l'amour, adressé au savoir.

 


 La psychanalyse est un des discours 

Au contraire des autres discours établis, le discours analytique se propose de faire valoir le mode singulier que chaque Un a de vivre, penser et se relationner aux autres. Il s'agit, par-delà les identifications prescrites, de parvenir à ce qui fait sa vérité propre. Le symptôme, qu'elle qu'en soit la forme, loin d'être un embarras qu'il faudrait éliminer d'emblée et à tout prix, indique la voie de cette vérité. 

Lacan


 Le symptôme se déchiffre, pas totalement

Ecoutons encore Lacan : "Ce que j’appelle ici un symptôme dans son sens le plus général, aussi bien le symptôme morbide, que le rêve, que n’importe quoi d’analysable, ce que j’appelle symptôme, c’est ce qui est analysable. Le symptôme se présente comme sous un masque."

 

Cette citation de Lacan, extraite du livre V de son séminaire, Les Formations de l'insconscient (1958) - on aurait pu prendre bien d'autres extraits encore - indique la voie : un symptôme, ça se déchiffre. ça se déchiffre car on lui suppose un sens, inconscient. C'est bien pour cela que l'on s'adresse au psychanalyste : on se suppose un inconscient qui détermine le symptôme. Freud le disait déjà lorsqu'il formulait que le symptôme, comme le rêve et le lapsus, résulte d'une substitution. Le symptôme vient en lieu et place d'une signification inconsciente perdue provisoirement pour le conscient. Le symptôme veut dire quelque chose que nous ne savons pas au plan conscient. Aussi donne-t-il lieu à déchiffrage, analyse, interprétation.

 

Il y a donc un savoir insu à découvrir. Mais ce travail de déchiffrage n'épuise pas le symptôme : il y a une part opaque en lui, indéchiffrable, inanalysable, qui est du registre du réel - le réel étant, des trois registres dégagés par Lacan, celui qui désigne ce qui ne peut ni se dire, ni s'imaginer. C'est pourquoi, du symptôme, on ne se débarrasse pas aussi facilement. Le sujet tient à son symtôme. Même s'il en souffre. Le paradoxe n'est qu'apparent : le symptôme fait souffrir consciemment mais apporte du plaisir au plan inconscient. Ce qui est déplaisir au plan conscient est plaisir au plan inconscient, déclare Freud. C'est cette opacité du symptôme, cette part de plaisir qu'il s'agit d'entrevoir dans la cure, car elle est au fondement de ce qui se répète dans la vie de tout un chacun. Le symptôme est ce qui insiste. Certaines "thérapies" visent à supprimer le symptôme. Mais elles veulent ignorer ce qu'il y a derrière le symptôme, qui a toujours pour chaque sujet une fonction. La psychanalyse n'ognore pas cela, au contraire elle en prend acte, dans le respect de chaque sujet.

 


 

Qu'on dise reste oublié...

 

Nous concluerons par deux énoncés :

"Le symptôme, il faut le définir comme quelque chose qui se signale comme un sujet qui sait que ça le concerne, mais qui ne sait pas ce que c’est."

 J. Lacan, Le Séminaire, Livre XII, Problèmes cruciaux de la psychanalyse, séance du 5 mai 1965

 

"Qu'on dise reste oublié derrière ce qui se dit dans ce qui s'entend."

 Jacques Lacan, L'étourdit, 1973